Dernièrement, j'ai eu l'opportunité d'aller remplacer dans une classe d'accueil de premier cycle. Dans cette classe, il y avait 14 enfants de 6 à 9 ans qui arrivaient d'un autre pays (Cuba, Argentine, Iran, Moldavie et Chine sont les pays dont je me souviens). Lorsque la répartitrice m'a donné cette affectation, je me suis dit: "Ce sera probablement intense comme expérience, mais nous sommes au mois de mai, ils devraient bien me comprendre, l'apprentissage de la langue est déjà bien amorcée." ERREUR!! Voici un bref résumé de ce que j'ai pu constater... :)
Voilà, bien que ce soit tout à fait improbable maintenant que j'y pense, j'avais comme impression que tous ces élèves avaient commencés l'année scolaire ensemble... Vous savez, comme dans la majeure partie des classes "régulières", je me disais que, mis à part quelques rares exceptions, les élèves commencent et terminent l'année scolaire avec les mêmes copains de classe et la même enseignante. La réalité est différente dans les classes d'accueil. J'aurais dû m'en douter... c'est inscrit dans le nom: classes d'ACCUEIL! En somme, c'est une classe où les enfants sont envoyés lors de leur arrivée au Québec pour les intégrer dans le système scolaire. Depuis la loi 101, les enfants immigrants doivent aller à l'école francophone... mais leur arrivée n'est pas toujours facile... En effet, n'imaginez pas que les parents décident de quitter leur pays en fonction de la rentrée scolaire québécoise! Ainsi, il y avait un petit Chinois et un petit Moldave qui étaient arrivés au Québec depuis plus ou moins un mois. Je n'ai pas pu tout savoir, mais j'ai alors compris que les élèves arrivent au compte-goutte dans ces classes. Évidemment, pour certains, c'est plus facile. Par exemple, la petite Cubaine avait plus de facilité, entre autres parce que le français se rapproche beaucoup de sa langue maternelle: l'espagnol.
Malgré ce dépaysement total, j'ai passé une belle journée. Le climat d'entraide dans cette classe était étonnant. Ils comprennent la difficulté des nouveaux arrivants dans leur classe et s'efforcent de s'entraider. Par ailleurs, j'ai aussi pu constater que la différence d'âge entre les jeunes influençait beaucoup les amitiés qui s'étaient formées dans la classe. La plus vieille était souvent mise à l'écart du reste du groupe.
Cette expérience m'a fait réfléchir à deux choses, la première étant la pédagogie de l'inclusion scolaire et la deuxième étant le rôle de l'enseignante.
D'abord, en suivant un cours sur l'inclusion scolaire au même moment, je n'ai pas pu passer à côté d'une réflexion sur la réalité de ces enfants. Alors que dans mon billet précédent je parlais des école à programme d'éducation internationale qui accentuent la ségrégation, aujourd'hui je me penche sur la possibilité de l'inclusion avec les nouveaux arrivants allophones (ne parlant ni français, ni l'anglais). J'ai effectivement pu constater l'entraide et la coopération dans cette classe et le désavantage social que causait la différence d'âge. Par contre, je suis curieuse de voir comment un élève arrivant de Chine au mois d'avril pourrait être inclus efficacement dans une classe régulière. Je ne crois pas que ce soit impossible. Seulement, j'ai tellement eu de difficulté à communiquer avec lui dans cette journée (si vous aviez vu mes beaux mimes et mes simagrées...!) que j'imagine difficilement son inclusion. Par contre, si vous aviez vu son visage s'illuminer quand je lui ai finalement fait comprendre que je voulais qu'il fasse la page couverture du livre que nous avions créer pour leur enseignante!! Je me dis que, entourés d'autres élèves dans un projet... il progresserait surement davantage et serait heureux de contribuer à la réalisation d'un projet.
Toutes ces interrogations m'amène à réfléchir à l'enseignante qui est dans cette classe... En effet, je ne sais pas si je serais capable d'accueillir des élèves ne comprenant pas un mot de ce que je leur dit à n'importe quel moment dans l'année. En inclusion scolaire, on parle de planifier l'inclusion, de créer un sentiment d'appartenance à la classe, de créer un climat d'ouverture et de respect entre les élèves... et cela me semble difficile avec des nouveaux arrivants allophones qui arrivent n'importe quand dans l'année... c'est comme si tout était à recommencer à chaque fois... Je parle de cette difficulté en contexte d'inclusion, mais seulement dans ces classes spéciales d'accueil, je salue la patience, la persévérance et la détermination des enseignantes.
L'enseignement n'est déjà pas un métier facile: nous devons faire face à une multitude de situations imprévisibles et complexes. Pour enseigner dans les classes d'accueil, il faut vraiment être capable de différencier au maximum, de prendre les élèves là où ils sont et de célébrer chacune des petites réussites de chacun d'eux. En y pensant bien, les enseignantes des classes d'accueil sont peut-être bien dans les personnes étant les mieux outillées en techniques didactiques et pédagogiques pour faire face à des classes hétérogènes comme ce serait le cas dans un système scolaire inclusif... !
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